ROSTIAK

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Joseph Rimbaud s’installe dans le Jura en 2002, afin de faire d’une activité peu commune son métier ; pipier.  Après son BAC STI Génis Mécanique et un BTS CRS, il se lance dans la création de pipes en autodidacte et se perfectionne grâce aux précieux conseils de Pierre Morel, son (un) maître en la matière. 

 

"Mais je fais maintenant au mieux pour faire honneur à ce qu’il m’a donné, à la manière simple d’un humain, d’un artisan qui aime le travail accompli, et qui à sincèrement envie de transmettre ce qu’il maitrise. »

 

Aujourd’hui, Joseph Rimbaud fabriques des objets d'exception grâce auxquels il transmet sans concession le savoir faire et l’expérience qu’il a acquis aux fils des années et des rencontres. Il développe un univers singulier, un style original en osmose avec sa personnalité et sa créativité. 

 

Il s’approvisionne en matière au coeur de la région Jurassienne et notamment aux Crozets où se trouve son atelier. En tant que bon artisan curieux et créatif, il confectionne également un large panel d’objets ; assiettes, planches, bols, boites..  

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Joseph Rimbaud

Présentation d’un artisan

Pipes ROSTIAK

Comme vous le savez déjà sans doute, chaque fumeur qui se respecte est d’un naturel curieux et observateur.

C’est donc pendant mes études à La Rochelle que m’est venue l’idée de fumer la pipe. C’est en premier lieu le côté pratique qui m’a interpelé…

Car, en hiver, c’est un réel défi de rouler une cigarette sur le front de mer ! La feuille s’envole, on en prend une autre, puis, c’est le tabac qui se mêle aux embrunts… Après quelques paquets de feuilles et tabacs ainsi joyeusement dispersés, on se dit qu’il faut alors un effort d’adaptation !!!

C’est donc les premières qualités du fumeur qui m’ont guidée vers la pipe. Il faut remettre cela dans le contexte (en 1997/98) où les «  boucaniers «  étaient encore en place… en les observant, je les voyais bourrer leur pipe sans encombre (certes, l’allumage doit être maitrisé), le contenant et contenu tenaient la route !

C’est donc ainsi que m’est venu l’idée d’acheter ma première bouffarde (je ne saurais dire la marque car je l’ai donné à un ami il y a 20 ans de cela…) Quand je me suis décidé à entrer dans la magasin avec mes quelques francs en poches (y’avait pas les n’euros à l’époque…)

Mon maigre butin m’ont indiqué une petite courbe "brûle gueule"  après tant de rêves devant des modèles qui étaient alors complètement «  hors budget » …

Mes amis rigolaient bien de mon acquisition, mais ma petite bouffarde était très sollicitée et plutôt pratique, de plus que le tabac qui allait avec ne craignait pas l’humidité, une fois allumée, tous étaient satisfaits par le goût et son efficacité.

J’étais à l’époque en BAC STI Génie Mécanique et toutes les idées créatrices se bousculaient…

Et, à force que tous mes potes convoitent ma maigre bouffarde, je me suis décidé à en fabriquer une pour un ami, puis une autre, de manière autodidacte (avec du buis, c’était un peu dégueulasse, mais une fois culotée…) C’était un défi d’en bricoler une nouvelle le week end pour tester la semaine avec les copains. Et c’est assez drôle d’en revoir certaines que j’ai oubliées, qui sont toujours chez des amis à l’heure actuelle !

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Ce qui m’a emmené dans le Jura en 2002, c’est un concours de circonstances. Mon BTS CRC en poche et de l’espoir plein comme quand on à 20 ans, j’ai été déçu à 2000 % par le système de consommation… et humain …de ma formation. Obsolescence  programmée d’un rêve de concepteur… (J’avais fait un rapport sur deux ans pour les moteurs à hydrogène, cela ressort doucement actuellement, tous se foutaient de la ganache, élèves comme profs…) Bon, j’ai quand même essayé dans une boîte qui faisait des mâts pour le «  vendée globe «  ambiance de requins… « et dieu merci, quand j’ai abouti à un entretien chez dassault system pour améliorer les canons de tancks, j’ai tout envoyé valsé ( pour ne pas dire chi « «  ) et c’est alors que m’est venue l’idée saugrenue de faire vivre un métier en voie de disparition qui en vaut la peine plutôt que de gagner des dividendes sur la mort … je ne regrette rien même si il y à un 0 de moins sur mon salaire !!

Je peux encore remercier un ami qui m’a envoyé dans le jura à l’époque à grands coups de pieds dans le «c l « avant que je ne sombre dans l’incertitude ! (de toute façon, j’aurais fait des canons qui pêtent à la tronche du commanditaire ;) ) 

Et me voilà, quinze jours plus tard, comme une fleur dans le Jura ! Avec ma vielle Golf au bout du rouleau, en train de faire le tour des pipiers Jurassiens (il y avait encore une vraie richesse de savoirs faire m’est avis). Et le destin m’a conduit chez Chacom, premier contact abouti avec un monde d’un autre temps !

J’ai alors rencontré Yves Grenard via sa secrétaire Delphine qui m’a donné une chance, un bon entretien où je lui ai présenté mes pipes improbables en buis. Yves m’a dit que cela était intéressant, m’a fait visiter l’usine, puis, m’a demandé quand je voulais commencer? J’ étais dispo, il y a eu comme un accord et je bossais le lendemain dans ses locaux. Il m’a dit : on  verra bien !!!

Et c’est ainsi que j’ai fait mes débuts à l‘atelier de montage. Mon «  formateur «  sur le tas m’a très vite laissé perplexe sur la qualité du travail que je fournissais. Car je me retrouvais à fabriquer les pipes que je ne n’avais pu me payer, alors j’avais envie de pratiquer un travail de qualité, et je n’étais point satisfait de mon ouvrage…

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C’est alors que « Pierre » Morel a croisé ma route, ou plutôt moi la sienne ...! Tel un ovni que je n’ai remarqué de suite, il m’a jeté un conseil en passant derrière mon tour à floquer, car il voyait bien que je râlais tout seul à vouloir faire mieux !!! J’ai appliqué ce conseil, puis, il m’en a envoyé un second le lendemain !!! Et j’ai fait mieux encore !!!! Si bien qu’au bout de quelques jours, sous son invitation, j’ai traversé la rue de chez Chacom à son atelier quand un souci technique m’y invitait !!!

Avec son air « d’ours jurassien », je n’en menais pas large entre le fait de sortir de l’entreprise pour aller chercher des conseils en le dérangeant dans son atelier à côté, mais je n’en regrette rien et le Pierre non plus à mon avis !!! Il m’a appris tout ce que sais du travail de pipier, et de prime abord l’amour de ce métier ! De faire de son mieux, de chercher des idées, chercher une harmonie dans les courbes et les montages, de se remettre en question pour évoluer, je crois que de tous les profs que j’ai eu, c’est le seul qui n’ai jamais été payé mais celui qui m’a apporté le plus…

J’allais donc tous les soirs après mes journées chez Chacom et il restait plus longtemps exprès pour me donner des conseils et me faire faire des exercices. Et je ne regrette pas les beuveries manquées pour aller à son atelier tôt les week end car c’est là qu’il avait vraiment du temps pour m’apprendre.

Je peux simplement dire qu’il m’a transmit deux décennies de savoir-faire en deux ans (de mon point de vue). C’est l’arrivée de mes gamins qui m’ont laissé dix ans dans un autre monde…Mes tours et ébauchons au milieu du poulailler…c’est une honte je l’accorde ...mais les gamins, ils sont passés avant c’est normal non ?? Cela n’était que partie remise…

Mais  je fais maintenant du mieux pour faire honneur à ce qu’il m’a donné, de la manière simple d’un humain, d’un artisan qui aime le travail accompli, et qui à sincèrement envie de transmettre ce qu’il maitrise.

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En gros, Pierre m’a donné sans concessions son savoir-faire et son expérience. Bon, j’ai encore beaucoup à apprendre et je dois faire ma propre expérience et ne peut prétendre faire un boulot aussi abouti. C’est encore d’actualité, à moi d’en tirer les bonnes questions, les bonnes  réponses et trouver le petit détail qui fait «  que ».

Je crois que la seule manière pour moi d’être à la hauteur de l’amour traditionnel artisanal qu’il m’a transmis, c’est que ce je réalise plaise. Je commence à trouver mon style et cela lui plaît je pense ( c’est une approche particulière mais j’apprécie ses critiques tant en bien qu’en mal, c’est du vrai , c’est juste et c’est ce qui me fait avancer ) un monde sans pommade, et vu que je suis toujours et encore dans 

l’expérimental, si je n’ai pas de retours ( en bien comme en mal ), je ne saurai évoluer… alors, confrères pipiers, fumeurs, si par hasard vous fumez une de me pipes, toutes les critiques seront les bienvenues !!! Je n’en sortirai que plus fort pour vous proposer de meilleures bouffardes.

 

Bon, Pierre m’a tout appris mais ça va le soûler si j’en fais trop…mais quand même … Même ma marque est à son effigie car c’est lui qui l’a trouvée bien avant que je soit à mon compte (vous irez lui demander pourquoi Rostiak ?)

Sinon, j’ai deux approches sur mes réalisations :

Soit je fais des esquisses, mes designs que je m’efforce de respecter, il y a alors des contraintes techniques et je fais mes modèles en petites séries (avec des finitions différentes)

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Soit je fais des pièces uniques au feeling suivant les ébauchons dont je dispose. 

Je me fournis en bois chez Mimmo ou bien en local car j’ai la chance d’être dans le Jura et je trouve encore des «  pepites » dans les greniers des anciens qui n’ont pas encore tout mis au barbecue…ça prend du temps, mais le rapport humain est toujours enrichissant d’anecdotes et d’histoire !!

Toujours est-il qu’une fois que je décide à bosser, je dois me mettre dans ma bulle. Il me faut deux à trois jours pour mettre un modèle au point, essais, ratés, re-essais…et gaspillage de matière avant de proposer des modèles aboutis. Je coupe mon téléphone et internet pour être dans ma grotte…

Et je m’efforce de les tester, leur faire la misère pour voir si cela tient le choc, mais je n’ai pas encore assez d’expérience pour proposer un montage qui tienne à 100 %. Alors je pose mes échantillons test sur le tableau de bord de mon camion, avec le chauffage à fond, la nuit par moins 10 ° C

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Et il n’y a pas de science exacte, des fois ça tient, des fois pas, alors que le procès de fabrication est le même…Je reviens alors sur le fait que votre retour est le meilleur guide pour améliorer. Un modèle abouti pour moi n’est peut être qu’une esquisse pour un autre…

Pour ce qui est du MOF, je ne me fais plus d’illusions à ce jour, l’éducation nationale ne va malheureusement sans doute pas dépêcher trois personnes pour le plaisir d’une autre. J’en suis tout à fait désolé mais je crois qu’il est préférable à l’heure actuelle qu’ils salarient un prof pendant 6 mois pour une école de village plutôt que de monopoliser un budget pour mon égo !!! Cela m’aurait bien fait plaisir, mais c’est un peu déplacé actuellement !!!

Je tiens à remercier le Pierre, Antoine et Claire qui sont des acteurs importants dans ce monde qui est pas si grand, vive la pipe et vive la vie !